6 sept. 2012
L'enjeu de la réhabilitation thermique des logements - Sud Ouest du 27 aout 2012
Les constructions neuves sont soumises à une réglementation qui garantit une consommation d'énergie sans comparaison avec une grande partie des constructions existantes. La réhabilitation thermique du parc privé est, en Aquitaine comme ailleurs, un enjeu important à trois dimensions : sociale, économique et environnementale.
Il est peu probable que le prix de l'énergie n'explose pas dans les années à venir, alors que l'offre d'une énergie « peu chère » diminue et que la consommation augmente, notamment avec l'élévation bienvenue du niveau de vie des pays émergents. Il y a donc urgence à se préoccuper de cette question, d'autant que le logement représente un secteur important des émissions de gaz à effet de serre. Selon une étude récente, 3 400 000 ménages seraient touchés par la précarité énergétique, pour l'essentiel des propriétaires âgés occupant des maisons individuelles, plutôt construites en zone rurale et avant 1975.
L'enjeu est social, environnemental, mais aussi économique. Les chantiers de rénovation sont une aubaine pour le secteur local de la construction à condition que le marché démarre vraiment et que les artisans saisissent l'occasion de se former aux nouvelles compétences de la réhabilitation thermique. Plus technique que celui de la construction neuve, ce marché peine à démarrer dans un contexte économique où les particuliers ne prennent pas toujours la mesure des enjeux, trop préoccupés par les difficultés du présent.
Le frein principal est celui du financement des travaux. Relativement élevés, ceux-ci apportent un retour sur investissement qui n'est pas immédiat et donc peu mobilisateur pour des propriétaires occupants parfois âgés ou plus portés sur l'épargne domestique que sur l'investissement dans le contexte économique actuel.
Les solutions idéales sont encore à trouver, mais la formule du tiers investissement apparaît comme une réponse plausible. Elle consiste à apporter au propriétaire la somme nécessaire pour la réalisation des travaux, accompagnée d'une garantie de performance énergique. Cette garantie permet au propriétaire de signer un contrat avec le tiers investisseur, auquel il paiera un loyer équivalent à l'économie réalisée par la diminution de ses charges énergiques induite par les travaux d'isolation.
Les pouvoirs publics doivent donner un coup de pouce à ce marché de la rénovation encore trop craintif en impulsant le développement de structures à tiers investissement. Car, si les aides publiques doivent être conséquentes pour les plus modestes, comme le propose le programme national « Habiter mieux » de l'Anah, bien souvent accompagné par des collectivités territoriales, il ne faut pas négliger de convaincre un public relativement plus aisé mais encore dubitatif quant à l'intérêt de ces travaux.
Le gouvernement a annoncé sa volonté d'ouvrir un dialogue environnemental afin d'engager la France vers un nouveau modèle de développement durable. Dans cet esprit, une conférence sera réunie les 14 et 15 septembre 2012. Espérons que cette question sera aussi au cœur des débats et que, pour une fois, le millefeuille institutionnel saura trouver les complémentarités nécessaires pour rendre ce chantier le plus efficace possible. Ce serait un signe annonciateur de politiques publiques sans intérêts court-termistes, réconciliant enfin le social, l'économie et l'écologie, trop souvent opposés par les uns et les autres. Des politiques publiques d'une nouvelle ère civilisationnelle ?
MARTINE ALCORTA
ÉLUE EELV, VICE-PRÉSIDENTE DE LA RÉGION AQUITAINE